William Fitzgerald : « J’ai dit à Moussa Dadis Camara qu’il est le premier responsable des massacres »

Publié le par S.BACHIR

M. William Fitzgerald, le sous-secrétaire d’État américain aux affaires africaines, avait été dépêché en Guinée par l’administration Obama peu après les événements du 28 Septembre pour rencontrer le capitaine Moussa Dadis Camara, le chef de la junte au pouvoir à Conakry. Il a réitéré lors d’une conférence de presse à Washington que la secrétaire d’État, Mme Hillary Clinton et le peuple américain étaient horrifiés. Dans cette interview accordée à AfricaLog, M. Fitzgerald fait le point sur la position des Etats-Unis dans cette crise.

AfricaLog: Le Département d'Etat a imposé des sanctions et des restrictions de voyage aux États–Unis à certains membres de la junte militaire guinéenne. Comment le numéro deux de la junte, le Général Mamandouba Toto Camara est-il entré aux États-Unis? Avez-vous pris l’initiative d’informer le FBI ou chercher à savoir pourquoi il était ici?

William Fitzgerald : En parlant de sa présence aux Etats-Unis, je n’étais pas informé. Comme je l’ai dit il y a quelques temps, Toto Camara est bien respecté, il a servi comme attaché militaire de la Guinée aux Etats-Unis pendant un certain nombre d'années et il est bien connu aux États-Unis. Il représente la nouvelle génération de jeunes officiers ayant du soutien au sein de l'armée. Il est possible que Toto Camara joue un rôle pour pacifier l’armée.

AfricaLog: Vous avez dit que vous privilégiez la diplomatie. À la fin qu’est ce que la communauté internationale peut faire si Moussa Dadis Camara décide de rester au pouvoir?

William Fitzgerald : Comme je l'ai déjà dit, nous travaillons de très près avec la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui est la mieux placée pour aider les Guinéens et qui pourra décider si Camara devrait démissionner pour qu’il y ait la paix. Aussi, il est très clair que personne ne contrôle les militaires en Guinée et il est évident qu’il faut un leader puissant qui pourra contrôler les forces armées et travailler avec le gouvernement de transition civile, afin que les militaires restent dans les casernes.

AfricaLog: Le génocide rwandais s’est produit pendant l’administration de Clinton ; un démocrate. Charles Taylor a été chassé du pouvoir par le républicain George Bush pour sauver le Libéria du chaos. Qu’est ce que les observateurs peuvent attendre de l’administration Obama en Guinée ?

William Fitzgerald : Bien, les États-Unis ne peuvent pas agir unilatéralement, ce que les Etats-Unis essaient de faire s’est d'assurer la coordination avec nos partenaires afin de maintenir la pression. La CEDEAO a nommé un médiateur en la personne du Président Compaoré, nous soutenons les efforts de Compaoré qui tente une médiation, en cette période difficile. Il a été très actif et l'Union africaine a récemment adopté des sanctions contre la junte. C’est une étape majeure. Le département d'Etat américain en coordination avec le Département du Trésor envisagent des sanctions financières ou autres pour maintenir la pression. Les Etats-Unis veulent que Camara tienne ses promesses et facilite une transition qui aboutir a des élections ouvertes et transparentes comme il avait promis.

AfricaLog: Après le massacre du 28 septembre il y a eu d’autres meurtres et des arrestations. Combien de Guinéens doivent mourir et combien de femmes doivent être violées avant l'intervention de la communauté internationale?

William Fitzgerald : Nous découvrons que le nombre de femmes agressées, que nous avions d'abord cru à 30 était en fait supérieur à 50. Ce que nous entendons actuellement, qui est très troublant, c'est que la majorité des femmes ont été emmenées dans des maisons privées, et dans les camps militaires et ont été maltraité pendant plusieurs jours et un grand nombre sont mortes de traumatisme.

Je pense que la communauté internationale a pris conscience des événements du 28 septembre, et la transition a perdu son objectif et on se demande qui est responsable de l'armée. D'habitude, quand il y a un coup d'Etat dans un pays nous coupons les ponds et limitons les contacts avec ce pays. Après les événements du 28 Septembre, le Département d'Etat m'a envoyé parler face à face avec Camara pour expliquer la politique américaine, comment nous sommes écœurés par les évènements et je lui ai dit qu’il est le premier responsable des massacres.

Nous avons soutenu et coordonné étroitement avec la CEDEAO à Abuja, travaillé de près avec le comité de sécurité et de paix de l'Union africaine, nous sommes très heureux. L’Organisation des Nations Unies travaillent avec la CEDEAO et doivent mettre en place une commission d'enquête. Nous devons garantir que le travail de la commission d’enquête commence des que possible.

Propos recueillis par Williams Ekanem

Source: Africalog

Publié dans GUINEE

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