L'histoire de la République

PREMIERE REPUBLIQUE

Ahmed Sékou Touré

Ahmed Sékou Touré, né le 9 janvier 1922 à Faranah et mort le 26 mars 1984 à Cleveland, est le premier président de la République de Guinée, en poste de l'indépendance obtenue de la France en 1958, jusqu'en 1984.

Biographie

Ahmed Sékou Touré
1erprésident de la République de Guinée
200px-Sekou_Toure_usgov-83-08641.jpg
Ahmed Sékou Touré

Actuellement en fonction
Mandat
2 octobre 1958 - 26 mars 1984
Depuis le 2 octobre 1958



Élu(e) le  
Parti politique Rassemblement démocratique africain
Premier(s) ministre(s) Louis Lansana Beavogui
Successeur Louis Lansana Beavogui(intérim)
Lansana Conté

Avant l'indépendance, Sékou Touré est bloqué dans son ascension sociale et ne peut accéder aux postes de responsabilité auxquels il aspire. Il reste donc simple responsable des postes, mais s'investit dans le syndicalisme en devenant un des meneurs de la jeune génération guinéenne. Il participe à la fondation du Rassemblement démocratique africain sous la bannière duquel il se fait élire à la mairie de Conakry en 1956. Il devient peu après vice-président du conseil de gouvernement.

 

La métropole française est en pleine discussion sur la décolonisation qui s'annonce et, lors de la visite effectuée par le général de Gaulle à Conakry pour défendre son accord d'union-partenariat entre la France et ses colonies promises à l'indépendance, la foule se met à le huer. Cet incident organisé à l'instigation de Sékou lui vaudra la haine indéfectible de De Gaulle. Les Guinéens disent non au référendum sur l'union-partenariat avec la France et choisissent l'indépendance totale, qu'ils obtiennent le 2 octobre 1958 avec Sékou Touré à la tête du pays. Il reçoit le Prix Lénine pour la paix en 1961.

Sekou Touré a été mis en cause pour la mort d'Amílcar Cabral en 1973.


Les frictions entre la France et la Guinée sont fréquentes. Aux tentatives de renversement du président guinéen téléguidées par la cellule africaine de l'Élysée qu'anime Jacques Foccart répondent les provocations de Sékou et la répression menée contre l'opposition. Craignant une intervention militaire pure et simple de l'ancien colonisateur, le chef d'État se range dans le camp socialiste, oscillant entre le maoïsme pour bénéficier des aides chinoises et l'orthodoxie soviétique pour rentrer dans les bonnes grâces de l'Union soviétique.

 

Il est loin d'être acquis qu'il ait réellement eu des convictions communistes, mais ce sont certainement les circonstances qui l'ont jeté dans ce camp par instinct de survie. Peu à peu, les tentatives d'assassinat et de renversement dont il fait l'objet le poussent à une méfiance envers tous grandissante tournant à la paranoïa. Il fait alors régner sur le pays un régime de terreur, contraignant des milliers de Guinéens à fuir la répression. Des dizaines de milliers de Guinéens disparaitront, en particulier dans le camp de concentration Camp Boiro Mamadou, parfois dans des conditions atroces après des tortures inhumaines dénoncées alors par Amnesty international.

 

Sékou Touré est mort à Cleveland (Ohio) aux États-Unis en subissant une opération de chirurgie cardiaque. Quelques jours après sa mort, son régime est balayé.

 

IMAGES DE SEKOU TOURE

 

 

 

DEUXIEME REPUBLIQUE

 

Lansana Conté, né vers 1934[n 1] à Moussayah Loumbaya dans la région de Kindia[3] et mort le 22 décembre 2008[4] à Conakry, est un homme politique guinéen.

 

D'origine soussou, il intègre l'armée française en 1955, et participe à la guerre d'Algérie. Promu lieutenant, il défend le régime dictatorial d'Ahmed Sékou Touré. Dix ans plus tard, il est élu député du Parti démocratique de Guinée (PDG, parti unique).

 

Parvenu au grade de colonel, il participe au coup d'État de 1984, une semaine après la mort du « père de l'indépendance de la Guinée », Sékou Touré. La junte, dénomée Comité militaire de redressement national (CMRN), porte Lansana Conté à la tête du pays.

 

Libéral et nationaliste, il privatise les entreprises publiques, réduit le nombre de fonctionnaires, et dote la Guinée d'une nouvelle Constitution qui autorise le multipartisme. Devenu général, il est officiellement élu président de la République en 1993, et largement reconduit en 1998 et 2003, grâce à une modification constitutionnelle. Malgré les restrictions des libertés et les menaces, l'opposition critique ouvertement ces scrutins, qu'elle estime truqués, et qu'elle boycotte par la suite.

 

À la fin de sa présidence, alors que la situation économique et sociale continue de se dégrader, Lansana Conté doit affronter plusieurs révoltes, réprimées dans le sang, ce qui le contraint à négocier avec les syndicats[5]. Victime de plusieurs tentatives de renversement et d'assassinat, il décède des suites d'une « longue maladie », après 24 ans de pouvoir sans partage. Sa mort est suivie d'un coup d'État qui renverse la IIe République qu'il avait instaurée.

Origines, formation et carrière militaire

Fils d'agriculteur[6], Lansana Conté est issu de l'ethnie des Soussous[7]. Il entre à l'école des enfants de troupe de Bingerville (Côte d'Ivoire) en 1950, puis à celle de Saint-Louis (Sénégal) ; il effectue ensuite ses classes au peloton de Kayes (Mali).

En 1955, il entre dans l'armée française, et est affecté en Algérie pendant la guerre d'indépendance, en 1957[8]. Après son service militaire, il retourne en Guinée, qui est devenue indépendante de la France le 2 octobre 1958 : il intègre alors la nouvelle armée avec le grade de sergent. Transféré au 2e bataillon d'artillerie, il est promu lieutenant en 1965. Le 22 novembre 1970, lorsqu'un groupe d'exilés guinéens envahit le pays à partir de la Guinée portugaise, dans le but de renverser le gouvernement du président Ahmed Sékou Touré, il participe à des opérations visant à défendre la capitale. Après que les forces pro-gouvernementales soient parvenues à stopper l’invasion, Lansana Conté est promu, le 27 février 1971, au grade de capitaine pour « service rendu à la nation », et jouit de la réputation de militaire courageux[9]. En 1973, il est nommé commandant de la région militaire de Boké (nord-ouest de la Guinée) afin d'aider le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), mouvement de guérilla indépendantiste, dans le pays voisin, la Guinée portugaise.

 

Chef d'état-major adjoint de l'armée de terre à partir de 1975, puis chef de la délégation guinéenne au cours des négociations censées régler un différend frontalier avec la Guinée-Bissau en 1977, il est élu à l'Assemblée nationale en 1980, sur la liste unique du Parti démocratique de Guinée (PDG). Deux ans plus tard, élu membre du comité central du PDG, il est promu colonel.

Prise de pouvoir

Le 26 mars 1984, Ahmed Sékou Touré, le « père de l'indépendance », meurt à Cleveland lors d'une opération cardiaque[10] et l'unique parti de l'époque, le Parti démocratique de Guinée (PDG), sombre dans de violentes querelles de succession.

 

C'est dans un contexte de déclin et d'incertitudes qu'une semaine plus tard, le 3 avril 1984, un coup d'État militaire dirigé par le colonel Conté renverse le président intérimaire, Louis Lansana Beavogui. La junte, dénomée Comité militaire de redressement national (CMRN)[n 2], porte alors son leader au pouvoir[6], qui est proclamé président de la République deux jours plus tard, alors que vient d'être instituée la IIe République.

 

Le nouveau chef de l'État dénonce le régime de Sékou Touré s'engage à établir un régime démocratique, à sortir la Guinée de son isolement international et à exploiter les ressources naturelles. Il se pose en défendeur des droits de l'homme en libérant 250 prisonniers politiques, encourageant ainsi le retour d'environ 200 000 Guinéens de l'exil.

C'est ainsi que quelques mois plus tard, Lansana Conté est nommé secrétaire général du Parlement international pour la sécurité et la paix, une organisation intergouvernementale basée en Italie.

Une présidence dictatoriale

D'avril 1984 à décembre 1993 : des débuts encourageants

Le 22 décembre 1985, dans son discours-programme, il opte pour un libéralisme économique, après 26 ans d'économie centralisée. Il lance de nombreuses réformes : le rétablissement de l'initiative privée, la privatisation de nombreuses entreprises publiques, la dévaluation de la monnaie et le rétablissement du franc guinéen, ainsi que la réduction des dépenses du gouvernement et l'encouragement des investissements étrangers.

Le 3 avril 1990, à l’occasion du sixième anniversaire de l’avènement de la IIe République, Lansana Conté est promu au grade de général de corps d'armée. Dans le même temps, alors qu'une vague démocratique touche l'Afrique, il fait adopter une nouvelle Constitution par référendum le 23 décembre 1990. En 1992, dans le cadre des préparatifs de l'élection présidentielle de l'année suivante, les partis politiques sont officiellement légalisés[6] et douze lois organiques réglementent le statut d'institutions telles que la Cour suprême.

 

Les mesures annoncées par le nouveau président ne tardent pas à se faire sentir : la croissance économique s'élève à 4,5 % par an et le taux d'inflation ne dépasse pas 5 % du PIB[9].

 

Le CMRN est dissout le 16 janvier 1991, et est remplacé par le Comité de transition pour le redressement national (CTRN), un organe composé à partie égale de civils et de militaires.

De décembre 1993 à décembre 2003 : la dérive totalitaire

Lors de l'élection présidentielle de 1993, Lansana Conté, candidat du Parti de l'unité et du progrès[11], dont Alpha Condé (RPG). Le président sortant l'emporte dès le premier tour de scrutin avec 51,7 % des suffrages[12]. Cette élection est vivement contestée par les partis d'opposition suite à la décision de la Cour suprême d'annuler les résultats de deux préfectures où Condé avait obtenu plus de 90 % des voix[13] ; dès lors, le régime en place prend un visage plus radical. (PUP), est opposé à huit candidats

 

Réélu avec 56,1 % des suffrages en 1998[12], Lansana Conté renoue peu à peu avec les pratiques autoritaires de Sékou Touré, en faisant notamment arrêter de nombreux opposants. En novembre 2001, il soumet à la population un référendum prévoyant une modification constitutionnelle afin qu'il puisse briguer un troisième mandat à la tête du pays. Le référendum, qui réduit la décentralisation et prolonge le mandat présidentiel de deux ans, est adopté par 98,4 % des voix, et est dénoncé par les observateurs internationaux.

Le 30 juin 2002, alors que les principaux partis d'opposition boycottent les élections législatives[9], le parti présidentiel remporte à nouveau la majorité à l’Assemblée nationale, obtenant 61,5 % des suffrages et 85 des 114 sièges à pourvoir.

De décembre 2003 à sa mort : une fin de présidence difficile

En décembre 2003, il est réélu avec 95,63 % des suffrages[14],[15] face à un seul adversaire, les autres opposants préférant ne pas participer à un scrutin qu'ils estiment joué d'avance.

Au milieu de l'année 2006, alors que le prix du riz et du carburant est au plus haut, les nombreuses grèves générales et leurs sanglantes répressions, affaiblissent le président guinéen.180px-Lansana_Conte_27_July_2001a.jpg

En août, Human Rights Watch rend public un rapport de trente pages qui condamne les violations des droits humains en Guinée, en mettant en évidence le vide politique résultant de la maladie du président en cours, et exprimant sa préoccupation quant à l'avenir. Mais en octobre 2006, le général Conté annonce qu'il compte demeurer président jusqu'à la fin de son troisième mandat en 2010, tout en précisant qu'il aime son pays et qu'il le protège contre ses ennemis. Il déclare également qu'il est à la recherche d'un successeur « comme [lui], qui a de l'envergure, patriote, pour diriger la Guinée »[16].

 

Malgré une nouvelle grève générale commencée le 10 janvier 2007, Lansana Conté s'accroche au pouvoir. Une semaine après, il annonce le limogeage de Fodé Bangoura, ministre d'État aux Affaires présidentielles et numéro deux du régime.        Quelques jours plus tard, alors que plusieurs centaines de milliers de citoyens continuent à manifester et que 59 personnes sont mortes de la répression des forces de l'ordre, le général Conté accepte de nommer un Premier ministre de consensus. Il cède aux demandes des centrales syndicales à l'origine de la grève le 26 janvier, et annonce qu'il transférera toutes ses prérogatives de chef du gouvernement au futur Premier ministre, dont il ne révèle pas le nom immédiatement. Le 9 février, il choisit finalement de nommer Eugène Camara, un de ses proches. Mécontents de ce choix, les syndicats et la société civile s'embrasent. Le président cède à la pression, et le 26 février, il nomme Lansana Kouyaté au poste de Premier ministre. Le bilan humain de ce soulèvement est terrible : au moins 186 personnes sont tuées et 1 200 blessées[4].

 

Le 5 avril 2007, Conté cède le poste de ministre de la Défense nationale qu'il détenait depuis plusieurs semaines au général Arafan Ousmane Camara[17]. Toutefois, le 5 décembre de la même année, un décret de restructuration des ministères accroît un peu plus les pouvoirs du secrétaire général de la présidence de la République, au détriment du Premier ministre.

En mai et juin 2008, des soldats menacent la stabilité du pays en réclamant le paiement des arriérés de leur solde, fragilisant encore un peu plus le régime en place. Cette fois-ci, le bilan s'élève à au moins trois morts et à des dizaines de blessés.

Tentatives de renversement

Le 4 juillet 1985, l'ancien Premier ministre Diarra Traoré, un colonel qui a pris part au coup d'État de 1984, tente de s'emparer du pouvoir alors que le président Conté assiste au sommet de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à Lomé, au Togo. Mais le peuple et les troupes fidèles à Conté lui témoignent leur soutien par l’écrasement spontané de la rébellion. Au total, 18 personnes perdent la vie[12] et une centaine de militaires, y compris Traoré, sont par la suite exécutés pour leur implication dans l’insurrection.

Une mutinerie militaire éclate les 2 et 3 février 1996 pour non-paiement des salaires. Caché dans les sous-sols du Palais des nations, le président échappe de peu à la mort, alors que l'on bombarde son bureau. Son apparition en public met cependant un terme à la révolte qui a causé plusieurs dizaines de morts.

Le 19 janvier 2005, il est victime d'une nouvelle tentative d'assassinat[18], alors que son cortège revient de l'aéroport de Conakry. Le président, qui n'a pas été blessé, déclare que « Dieu n'avait pas encore décidé que c'était temps qu'[il] meure ».

État de santé et décès

Des rumeurs récurrentes le disant mourant circulent dès 2002. Effectivement, au mois de décembre de cette même année, des médecins marocains lui diagnostiquent une leucémie et une forme aiguë de diabète, et lui annoncent qu'il lui reste moins de six mois à vivre[9]. À l'occasion de l'élection présidentielle de 2003, il reconnaît avoir des douleurs aux pieds, et est contraint de voter à bord de sa voiture en raison de sa difficulté à marcher[19].

Début 2006, son état de santé s'aggrave brusquement ; il se rend alors à plusieurs reprises à l'étranger pour se faire hospitaliser[20], et est victime de comas diabétiques à répétition[9]. Lors d'une allocution au cours de l'année 2007, il confirme ses problèmes de santé : « Je suis en train de diminuer », déclare-t-il[17]. Ayant confessé que la maladie le fatiguait depuis longtemps[6], il paraît de plus en plus amaigri.

Conté, gros fumeur[21], souffre également de problèmes cardiaques, est régulièrement absent des réunions internationales[19], ne quitte plus le territoire national lors des dernières années de sa vie[n 3], et ne peux même pas assister aux cérémonies du 50e anniversaire de l'indépendance de la Guinée, le 2 octobre 2008[9].

Le président malade, que l'on dit très mal entouré[22], ne vit plus dans la capitale mais dans un petit village où il cultive des champs de riz[23]. Durant cette période, ce sont ses proches conseillers, régulièrement renouvelés, qui assurent véritablement le pouvoir.

 

Le 23 décembre 2008, Aboubacar Somparé, président de l'Assemblée nationale, annonce à la télévision que le président de la République est décédé la veille à 18h45 (heure GTM), « après une longue maladie »[4], sans préciser la cause exacte de sa mort. Selon lui, Lansana Conté a caché ses souffrances physiques pendant des années, afin de donner le bonheur à la Guinée[24]. Un deuil de 40 jours est alors décrété par le Premier ministre[4].

Quelques heures après sa mort, un groupe d’officiers se présentant sous le nom de Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) annonce à la radio, par le biais de son porte-parole Moussa Dadis Camara, la dissolution du gouvernement et de la Constitution du pays, laissant présumer un coup d'État[2]. En effet, le 24 décembre 2008, Moussa Dadis Camara s'autoproclame président de la République[25].

Les funérailles de Lansana Conté, qualifiées de « grandioses » par la presse[26],[27], se déroulent le 26 décembre 2008 à Conakry, et rassemblent plus de 30 000 personnes, ainsi que plusieurs chefs d'État africains[28].

Bilan et perspectives 

À la mort d'Ahmed Sékou Touré, leader respecté de ses homologues africains suite au différent qui l'a opposé au général de Gaulle au moment de l'indépendance, son régime tyrannique laisse la Guinée dans un état déplorable.

En 26 ans de présidence, le système économique autarcique a eu des effets dévastateurs sur l'économie. Dès le début, et ce du fait de ladite friction avec la France, des milliers de Français quittent la Guinée, mettant ainsi à mal la situation économique et le système enseignant dont beaucoup étaient issus. Quelques mois après son arrivée au pouvoir, Sékou Touré remplace le franc guinéen par le syli qui perd 70 % de sa valeur en moins de deux ans, ce qui ne sera pas sans conséquences à moyen et long terme. Simultanément, les activités industrielles et commerciales ainsi que l'agriculture s'effondrent, et il devient de plus en plus difficile de créer sa propre entreprise car les règles strictes, imposées par le gouvernement, limitent la possibilité d'obtenir des crédits et d'honorer ses dettes, ce qui conduira à de nombreux dépôts de bilan. De leur côté, les dirigeants d'entreprises - pas adaptées au marché - sont de moins en moins qualifiés du fait de la dégradation de l'enseignement public.

Néanmoins, l'URSS, Cuba puis les États-Unis appuyent sans réserves le gouvernement[n 4], dans le but non avoué d'exploiter les richesses minières du pays, ce dont le régime de Sékou Touré ne parviendra pas à tirer profit. Dans le même temps, le régime ne cesse de se durcir, et la population (toutes classes sociales confondues), contraint d'adhérer au seul parti autorisé pour survivre, s'appauvrit de plus en plus. Les droits de l'homme sont bafoués par 700 000 morts arbitraires[29] (les dénonciations et humilitations publiques sont alors devenues pratiques courantes) et la Guinée ne cesse de s'isoler au plan international.

En conséquence, le coup d'État qui porte Lansana Conté au pouvoir engendre un immense espoir au sein de la population guinéenne. Celle-ci, éprouvée par un quart de siècle de répressions, voit dans ce putsch l'avènement d'institutions démocratiques. L'arrivée de Conté à la tête du pays et les réformes qu'il engage ne font que conforter ce sentiment, et entraînent le retour de milliers de Guinéens qui avaient fui le régime de son prédécesseur.

Bilan économique et social

Dans un premier temps, le nouveau président de la République annonce son intention de changer la politique économique en optant pour le libéralisme : en conséquence, il privatise, partiellement ou totalement, les entreprises publiques, l'électricité et les services d'eau[30].

Bien que la croissance repart à la hausse suite à l'annonce de ces mesures, la Guinée reste confrontée à une grave crise qui s'amplifie au fil des années : ainsi, la monnaie locale, le franc guinéen, est en constante inflation, ce qui conduit certains médias à la surnommer le « franc glissant »[31]. Le prix des denrées de première nécessité comme le riz ne cesse d'augmenter[n 5], ce qui mécontente encore plus les classes modestes, et provoque des soulèvements, violemment réprimés par le régime en place. En outre, entre 1998 et 2003, le produit intérieur brut (PIB) du pays chute de 30 %[32]. De plus, la Guinée est classée 160e sur 177 pays par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour son niveau de vie[n 6].

D'autre part, à la mort de Lansana Conté, et ce malgré les aides budgétaires de l'Union européenne[33],[n 7] pour son développement, 53 % des dix millions de Guinéens vivent sous le seuil de pauvreté[4] (moins d'un dollar par jour), près de 61 % n’ont pas accès aux soins de santé, 60 % à l’eau courante et 40 % sont privés régulièrement d’électricité[2]. Les systèmes hospitalier et scolaire sont également en nette détérioration du fait de manque de moyens et de personnel compétent[9], ce qui constitue un retour à l'époque du régime de Sékou Touré.

Par ailleurs, les ports du pays se sont ensablés, au point que les transporteurs maritimes les évitent maintenant au profit de ceux des États voisins[b 1]. Même la capitale Conakry, que l'on citait comme l'une des plus belles villes du continent africain, s'est indubitablement délabrée[b 2].

Corruption 

À sa mort, la Guinée, dont le sol renferme d'importantes richesses hydrauliques et minières[n 8] (25 milliards de tonnes de bauxite, 7 milliards de tonnes de fer, 1 000 tonnes d'or, 25 à 30 millions de carats[12], etc.), reste minée par la corruption. Pour preuve, la publication de l'indice de perceptions de la corruption (CPD) par Transparency International en novembre 2006 : la Guinée arrive en deuxième position, à égalité, des pays les plus corrompus[34] ; on observe une amélioration insignifiante en septembre 2008[35]. de diamants

La corruption est un sujet de préoccupation pour les entreprises étrangères souhaitant investir en Guinée (par exemple, pour exploiter ses vastes réserves de bauxite) car elles sont incapables de fonctionner sans payer d'énormes pots-de-vin à de hauts fonctionnaires du gouvernement.

Politique étrangère 

Un des seuls aspects positifs de cette longue présidence est la capacité qu'a eu le général Conté à maintenir la paix dans son pays[36], alors que des guerres civiles ravageaient ses voisins.250px-Vladimir_Putin_with_Lansana_Conte_Les nombreux conflits extérieurs ont conduit des centaines de milliers de personnes à se réfugier en Guinée et en septembre 2000, le Revolutionary United Front (RUF), groupe armé sierra-léonaisFoday Sankoh, attaque la Guinée dans le but de renverser le gouvernement[37]. En représailles, la Guinée, qui entretient des relations excécrables avec le président Charles Taylor[b 3], apporte son soutien logistique et militaire aux activités rebelles, notamment au LURD, groupe paramilitaire g/wiki/Lib%C3%A9ria">libérien[38], malgré les sanctions économiques auquel elle s'exposait[n 9]. dirigé par

 

  Lansana Conté, en compagnie du président russe, Vladimir Poutine.

Transgression des règles établies, de Sékou Touré à Lansana Conté 

Maligui Soumah, écrivain politique d'origine guinéenne, met en évidence la violation de la Constitution et des droits de l'homme depuis 50 ans en Guinée, et s'efforce d'en démonter les mécanismes[b 4]. Il effectue notamment un parallèle frappant entre les deux régimes qu'a connu la Guinée depuis son indépendance de la France.

La séparation des pouvoirs : théorie et pratique 

Une république repose sur trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) libres et indépendants.

Or, en dépit des dispositions de la Constitution, ce principe n'a jamais été respecté durant les présidences Sékou Touré et Conté[b 5]. L'exemple le plus flagrant émane de Lamine Sidimé qui cumula le poste de président de la Cour suprême, organe supérieur de la justice guinéenne, avec celui de Premier ministre, et ce malgré le fait que l'article 84 de la loi fondamentale indique qu'il y a incompatibilité entre ces deux fonctions[b 6]. En outre, le président pouvait faire arrêter qui il voulait, y compris des députés, sans même faire lever leur immunité parlementaire, signe d'une justice totalement défaillante[b 7].

L'indépendance du pouvoir législatif, qui est censé faire les lois et contrôler l'exécutif, était tout aussi contesté. Le fait que les députés soient très majoritairement issus du camp présidentiel, qui exerce de fortes pressions, réduirait ainsi, toujours selon Maligui Soumah, sa capacité à accomplir scrupuleusement ses deux missions.

Ce dernier conclut en notant que tant que les dirigeants du pays estimeront que les trois pouvoirs forment un tout, la République ne pourra fonctionner correctement.

Les libertés fondamentales et les droits de l'homme : théorie et pratique 

Le préambule de la Constitution précise que la Guinée, membre de l'ONU, apporte « son adhésion totale à la Déclaration universelle des droits de l'homme » et son article 1er stipule que la Guinée est une « République unitaire, indivisible, laïque, démocratique et sociale »[39]. Pourtant, en cinquante ans, les atteintes portées aux libertés fondamentales et aux droits de l'homme ont rarement faibli.

La Ire République n'a, en effet, respecté aucune des libertés fondamentales.

 

Bien que les manifestations soient officiellement autorisées, elles sont fortement déconseillées aux partis politiques et aux syndicats, faute de quoi elles sont réprimées, quelques fois dans le sang. Soumah dénonce la façon dont Lansana Conté traite l'opposition, au mépris de l'article 20 de la loi fondamentale qui stipule que « chaque citoyen a le devoir de respecter l'honneur et l'opinion des autres ». En près d'un quart siècle, le fait que le « général-président » ait tout fait pour ne jamais rencontrer ses adversaires et les syndicats a créé une certaine crispation au sein de la société, crispation que se traduit quotidiennement par la recrudescence d'actes de violence.

Bien que le général Conté fait preuve d'ouverture en autorisant le multipartisme et la liberté de culte, et en désentravant la presse au début des années 90 en la nationalisant[n 10], il prend au fil du temps de plus en plus appui sur l'armée, et restreint considérablement les libertés fondamentales.

En 2001, pour se maintenir au pouvoir, il fait également modifier la Constitution, au grand dam de l'opposition, qu'il refusera toujours de rencontrer[n 11] et qu'il traitera de manière méprisante, allant jusqu'à les insulter publiquement[b 8]. Il ordonne également l'arrestation de nombreux opposants à son régime, tels qu'Alpha Condé au lendemain de l'élection présidentielle de 1998[9]. Avant les élections législatives de 2002, les principaux partis d'opposition décident de boycotter les trois dernières élections de la présidence de Lansana Conté[9].

Le 22 décembre 2008, Lansana Conté décède des suites d'une longue maladie (leucémie et diabèteaigu) à l'âge de 74 ans. Au cours de la nuit suivante, les proches du régime s'affairent pour organiser l'intérim suivant les procédures prévues par la Constitution mais le 23 décembre 2008 au matin, suite à l'annonce du décès de Lansana Conté, des dignitaires de l'armée annoncent unilatéralement la dissolution du gouvernement ainsi que la suspension de la Constitution, dans un discours à teneur résolument sociale. Ces événements laissent planer le doute sur l'effectivité d'un nouveau coup d'État. Le même jour, le capitaine Moussa Dadis Camara est porté à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et devient le troisième président de la République de Guinée le lendemain[11].


La Guinée sous Moussa Dadis Camara

Article détaillé : Moussa Dadis Camara.
mdc.jpg

Arrivé au pouvoir, le capitaine précise que le nouveau régime est provisoire et qu'aucun membre de la junte ne se présentera aux élections présidentielles prévues en 2010.

Au fil de ses interventions médiatiques, Moussa Dadis Camara envisage de se présenter, déclenchant des mouvements de protestation[12].

Le 28 septembre 2009, les militaires tuent et violentent plus d'une centaine d'opposants dans le stade du 28 septembre de Conakry.[13] Des dissensions apparaissent au sein du CNDD[14] et le 3 décembre 2009, alors que Sékouba Konaté est en voyage au Liban, le président est grièvement blessé par son aide de camp Aboubacar Sidiki Diakité. Dadis est hospitalisé au Maroc le 4, et Sékouba Konaté rentre au pays pour assurer l'intérim.

La transition de Sékouba Konaté 

sekoubajpg-bb62f-2e8fa

Le 12 janvier 2010, Moussa Dadis Camara est renvoyé vers le Burkina Faso par le Maroc pour y continuer sa convalescence. C'est ainsi que le 15 janvier, un accord sera trouvé entre Dadis et Sékouba pour que ce dernier soit reconnu Président de la transition. Cet accord stipule qu'un premier ministre issu des Forces Vives (Partis d'opposition, syndicats, société civile) soit nommé dans le but de former un gouvernement d'Union nationale et de conduire le pays vers des élections libres et transparentes dans six (6) mois. Aussi, aucun membre du gouvernement d'union nationale, de la junte , du Conseil National de la Transition et des Forces de Défense et de Sécurité n'aura le droit de se porter candidat aux prochaines échéances électorales.

Le 16 janvier, Dadis, dans une allocution à partir du palais présidentiel burkinabé dira que la question de sa candidature est définitivement réglée, ainsi que celle des autres membres de la junte. Jean-Marie Doré, doyen de l'opposition, sera nommé Premier Ministre Chef du gouvernement d'Union Nationale chargé d'organiser les futures élections présidentielles.

Le 7 mars 2010, Sékouba Konaté fixe par décret la date du premier tour de l'élection présidentielle au 27 juin 2010[15]

 

Source Wikepedia