Guinée: Est-ce la fin de la gabegie financière au sommet de l'Etat?

Publié le par S.BACHIR

Le premier ministre Jean Marie Doré

Le gouvernement de transition veut-il rompre avec la gabegie financière et le gaspillage des faibles ressources publiques ? En tout cas, le Premier ministre Jean Marie Doré a sommé les ministres sortants et autres hauts cadres de l’Etat de rendre les biens mis à leur disposition durant l’exercice de leurs fonctions.

Le Premier ministre Jean Marie Doré veut en finir avec le gaspillage des biens publics. Il vient ainsi de prendre les devants dans une déclaration publique, le lundi 22 février dernier, pour interdire désormais à tout haut fonctionnaire sortant d’emporter avec lui les biens de service de l’Etat. De facto, cela pourra permettre à nos départements ministériels, de garder pour de nombreuses années les biens immobiliers et les engins roulants destinés au bon fonctionnement des différents services. Ainsi, les véhicules de service, les meubles bureautiques, les équipements techniques et informatiques et autres matériels de fonctionnement, souvent offerts par des ONG, des ambassades ou des Institutions Internationales devraient être sauvegardés.

A propos de cette interdiction, le Premier ministre déclare que: «Compte tenu des faiblesses des ressources de notre pays à cause des événements que vous connaissez, il faut que chacun apprenne à gérer au mieux les possibilités financières à notre disposition actuellement. Cet impératif exclut absolument la dilapidation des matériels et des recettes budgétaires. J’invite les ministres sortants tout comme les hauts fonctionnaires sortants, je veux parler des Secrétaires Généraux, des chefs de cabinets, des Conseillers, des gouverneurs, préfets et sous préfets éventuellement, à restituer aux Ministres et fonctionnaires entrants les véhicules de fonction qu’ils ont reçus pour pouvoir exercer correctement leurs fonctions. La Guinée ne peut pas se permettre à chaque remaniement ministériel d’acheter 25, 28, 30 ou 35 voitures aux fonctionnaires. Donc, il est impératif, il est incontournable, il est obligatoire que lors de la passation des services, les fonctionnaires concernés restituent véhicules, voitures, motos et autres aux ministres et fonctionnaires entrants. Je pense que chacun comprendra que c’est un appel patriotique qui s’affiche sur le règlement et sur la définition sémantique du rôle de chacun. Je ne voudrais pas être obligé de revenir sur cet appel. Il faut qu’à l’heure d’aujourd’hui la passation de service terminée, les biens restent à la disposition de l’Etat. Personne n’a le droit de s’attribuer les biens de l’Etat au nom du service rendu qui était rétribué à temps ».

Justement cette mise en garde du Premier Ministre ne fera pas que des heureux. Par le passé, une passation de service était suivie du pillage des biens immobiliers par les anciens maîtres des lieux. On prend toujours soin de tout vider. Ce qui fait que chaque nomination à un poste à la tête de l’Etat entraîne aussitôt des nouvelles dépenses pour meubler le bureau de celui qui arrive. Sans parler du nouveau moyen de déplacement à mettre à sa disposition.

Selon certaines rumeurs, des ministres auraient racheté des voitures de service avec on ne sait qui.

En 2007, l’on a assisté à une bagarre entre un ministre sortant et une secrétaire qui s’était opposée à ce que le haut cadre parte avec un des matériels informatiques. Mieux, quand cela lui plaisait, le feu Général Lansana Conté autorisait un ministre sortant à garder sa voiture de service. Le ministre entrant pouvait aller s’approvisionner dans le garage gouvernemental. Et c’est tranché.

Pendant ce temps, les caisses de l’Etat continuaient à saigner avec la sortie frauduleuse des sommes colossales destinées à l’achat de véhicules haut de gamme. Sans compter la surfacturation faite par ceux qui ravitaillaient le gouvernement en engins roulants. Ainsi, un nouveau promu à un poste ministériel est automatique servi en véhicules de service et en argent pour meubler son bureau.

Un seul exemple encore dans les esprits du Guinéen lambda. Le gouvernement de l’ancien Premier ministre de «large fermeture» du Dr Ahmed Tidiane Souaré a bénéficié d’un montant de quatre milliards de francs guinéens pour les frais d’installation des trente six (36) ministres et de leurs Secrétaires généraux. Une véritable saignée financière.

Autre fait marquant dans le train de vie dispendieux de l’Etat guinéen, les résidences qu’occupent ces hauts cadres démis de leurs fonctions. Bien que n’étant plus en fonction, les anciens ministres, anciens ambassadeurs et autres continuent toujours d’occuper ces résidences. Alors que la plupart d’entre eux ont deux, trois ou voire plusieurs villas de haut standing tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays. Pendant ce temps, le pauvre fonctionnaire qui loge à plus de 30 km de son lieu de travail (le plus souvent en ville) croupit tous les jours sous le poids du transport, des frais de logement et de la popote quotidienne. Une autre situation calamiteuse qu’il faudrait corriger pour le bien des uns et des autres.


Lansana CAMARA 
L’Indépendant/guineeactu.com

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