Le sud soudan décide aujourd'hui de son avenir.

Publié le par S.BACHIR

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Le 9 janvier 2011, la communauté internationale pourrait bien s’enrichir d’un nouvel État. Ce jour-là, en effet, les habitants du Sud-Soudan décideront par référendum s’ils souhaitent ou non l’indépendance de leur région. En cas de réponse positive, la nouvelle entité, vaste d’environ 600 000 km2 et peuplée de quelque 10 millions d’habitants, devrait rapidement devenir le 193e membre des Nations unies. Est-ce à dire que la République du Nil - le nom que pourrait prendre le Sud-Soudan - sera le 193e pays au monde ? Encore convient-il de savoir ce que l’on entend par le terme « pays ».

 

L’ONU compte 192 membres, parmi lesquels Monaco, Saint-Marin et plusieurs îles minuscules. Taïwan et le Somaliland, en revanche, n’en font pas partie. Difficile de s’y retrouver.


La principauté de Monaco, par exemple, est membre des Nations unies. Elle est indépendante depuis le début du XVIe siècle et ne fait l’objet d’aucune revendication de la part de la France, dans laquelle elle est enclavée. Pourtant, ce territoire d’à peine 2 km2 pour quelque 33 000 habitants ne réunit pas tous les attributs de la souveraineté internationale. Il n’a ni monnaie ni fiscalité propre. Sa défense est assurée par Paris, qui, il y a peu encore, nommait son ministre d’État (l’équivalent du Premier ministre). Ce micro-État est-il un pays ?

Le Vatican, encore plus petit (0,44 km2), de même que le Kosovo, qui s’est séparé de la Serbie en 2008, sont eux aussi des États. Ils ne font pas partie de l’ONU. Tout comme Taïwan, qui a perdu son siège en 1971 au profit de la Chine populaire, celle-ci considérant l’île de Formose comme l’une de ses provinces appelée à réintégrer la mère patrie.

On voit donc que la liste des pays du monde ne peut se confondre avec celle des membres des Nations unies. Les termes « pays » et « État » sont souvent employés de façon indifférenciée. Le premier est au départ une notion géographique utilisée pour désigner une région naturelle ou historique, tandis que le second appartient au registre du droit et qualifie une entité géopolitique. Celle-ci possède son gouvernement, ses lois, son administration, son armée. Le dernier de ces critères n’étant certes pas toujours rempli. Outre Monaco, une trentaine de petits États (dont l’Islande et le Costa Rica) ne disposent pas de forces militaires.

Pour avoir une idée du flou qui entoure ces notions, il suffit de consulter le site du département de la Sécurité intérieure, qui délivre les visas d’entrée aux États-Unis. À la question « Dans quel pays vivez-vous ? », ce sont pas moins de 251 options qui sont proposées. Vous pouvez par exemple indiquer l’île Bouvet. Cet îlot volcanique situé au sud du cap de Bonne-Espérance et qui appartient à la Norvège depuis 1927 a pour particularité d’être... inhabité. Vous pouvez aussi déclarer habiter au Yémen du Sud, même si celui-ci a cessé d’exister depuis l’unification des deux Yémens en 1990.

Sur le site, en revanche, nulle mention de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, qui, avec le soutien de la Russie, se sont séparées de la Géorgie et ont proclamé leur indépendance en 2008. Il est vrai qu’à ce jour, outre la Russie, trois pays seulement, le Venezuela, le Nicaragua et le minuscule État océanien de Nauru (21 km2, 14 000 habitants), ont reconnu cette indépendance.

 

La reconnaissance diplomatique serait-elle un critère déterminant pour définir un pays ? Certes non... La Palestine est reconnue par 96 États, le Sahara occidental par 45, mais ce ne sont pas des pays. Malgré 69 reconnaissances, le Kosovo, dont l’indépendance est contestée par la Serbie, mais aussi par la Russie et par la Chine, ne franchira pas de sitôt les portes des Nations unies.

Autre cas de figure, Taïwan, qui, depuis son exclusion de l’ONU, n’a conservé des liens diplomatiques (officiels) qu’avec 23 États, petits, voire minuscules pour la plupart. Mais il est membre de l’Organisation mondiale du commerce, de la Banque asiatique de développement, de la Coopération économique Asie-Pacifique (Apec) ainsi que d’une quinzaine d’autres institutions internationales. Même si, sous la pression de Pékin, l’ancienne Formose doit se présenter sous l’appellation de « Taipei chinois », qui doute un seul instant qu’il s’agit d’un vrai pays ?

Peut-on en dire autant de la Somalie ? Le sociologue allemand Max Weber définit l’État moderne par le « monopole de la violence politique légitime ». Dans ce pays de la corne de l’Afrique qui reste officiellement un État souverain, des factions armées de tout ordre font la loi depuis vingt ans. Pendant ce temps, sa partie septentrionale, le Somaliland, qui a proclamé son indépendance en 1991, ressemble de plus en plus à un État : il bat monnaie, a son propre système de plaques minéralogiques et délivre des passeports biométriques. Mais l’Union africaine refuse de le reconnaître et de l’admettre en son sein au nom du sacro-saint principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.

 

L’ONU, de son côté, tient à jour une liste de territoires qu’elle considère comme « non autonomes » (voir la carte) et qui, donc, selon l’organisation internationale, ont vocation à devenir des États. Dix d’entre eux sont sous autorité britannique, trois sous celle des États-Unis. Cette liste, toutefois, a toujours été contestée. Ses critères ont été définis par une résolution de 1960 qui visait spécifiquement les colonies occidentales. Des 111 territoires ayant accédé à l’indépendance depuis cette date, une trentaine n’ont jamais été inscrits sur la fameuse liste. C’est le cas, en particulier, des quinze républiques issues de l’ex-Union soviétique, de l’Érythrée ou encore de l’ancien Pakistan oriental, devenu le Bangladesh.

La liste du Comité spécial de la décolonisation comprend par ailleurs des territoires qui ont clairement manifesté leur désir de conserver leur statut actuel, comme l’archipel des Tokelau, dépendance de la Nouvelle-Zélande qui a refusé à deux reprises d’accéder à l’indépendance.
C’est en se fondant sur ces incohé­rences que certaines associations demandent à l’ONU d’inclure le Tibet chinois dans le mandat du Comité spécial.
Quoi qu’il en soit, comme on l’a suggéré avec l’exemple du Sud-Soudan, la liste des pays-États est appelée à s’élargir. Ainsi, en Europe occidentale, la Belgique pourrait assez rapidement éclater et donner naissance à un État flamand. Les Écossais au Royaume-Uni et les Catalans en Espagne aspirent eux aussi à l’indépendance. Les habitants du Groenland ont déjà fait la moitié du chemin. La plus grande île du monde est une province du Danemark, lequel continue à exercer son autorité pour ce qui touche aux affaires étrangères, à la sécurité et à la politique financière. Mais, depuis une loi votée par le parlement danois le 19 mai 2009, le Groenland a accédé à une autonomie renforcée. Le Danemark lui a cédé 32 domaines de compétences, dont ceux de la police et de la justice. Le groenlandais est la langue officielle.

Pour être complet, il faut citer également le cas des îles Féroé, qui bénéficient elles aussi d’une large autonomie et sont prêtes à quitter le giron danois d’un moment à l’autre.
À l’autre bout du continent, on trouve la Transnistrie, qui s’est séparée de la Moldavie en 1991 et n’est reconnue par personne, pas même par la Russie, qui y maintient une présence militaire. La République turque de Chypre du Nord, qui a fait sécession en 1983, n’est pour sa part reconnue que par la Turquie.

 

Au final, si tous les territoires en mesure d’acquérir la souveraineté internationale - y compris les départements et collectivités françaises d’outre-mer - concrétisaient leurs ambitions, l’ONU pourrait compter quelque 250 membres. Elle n’en comprenait que 51 en 1945. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la mondialisation : d’un côté, une multiplication des regroupements entre États, de l’autre une fragmentation croissante des mêmes entités étatiques. 

Publié dans AFRIQUE

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