GUINEE: Poignardé en pleine rue par un militaire, la preuve en images

Publié le par S.BACHIR

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France 24 - 15/10/2009 - Ces photos montrent un militaire guinéen poignarder à mort, de sang froid, un manifestant. La scène est d’autant plus choquante qu’elle s’est déroulée le lendemain du massacre du 28 septembre, à Conakry, dont le chef de la junte au pouvoir, Moussa Dadis Camara, décline la responsabilité, affirmant qu'il a été "débordé" par son armée.

Ces photos montrent un militaire guinéen poignarder à mort, de sang froid, un manifestant. La scène est d’autant plus choquante qu’elle s’est déroulée le lendemain du massacre du 28 septembre, à Conakry, dont le chef de la junte au pouvoir, Moussa Dadis Camara, décline la responsabilité, affirmant qu'il a été "débordé" par son armée. Nous publions plus bas le récit de la personne qui a pris ces clichés. Ce témoignage a été confirmé par l’un de nos Observateurs, Kouyaté, qui s’est rendu sur les lieux où s’est déroulé le crime. Kouyaté a parlé avec un autre témoin de la scène, qui corrobore la version que nous publions.

"Il a donné trois coups de poignard" . Philippe (pseudo) a pris ces photos depuis un immeuble voisin et les a envoyées à FRANCE 24.

Une première voiture s'est arrêtée. Il devait être aux alentours de 15h30. Plus tard un deuxième véhicule est arrivé, puis un troisième. Dans le dernier, un Pajero, se trouvaient huit jeunes qui avaient déjà été arrêtés.

 

Les militaires étaient sortis de leurs véhicules et pourchassaient des habitants du quartier [la scène se déroule à Conakry, entre le quartier de Bambeto et celui de Cosa, où les peuls sont majoritaires. Le chef de la junte, Moussa Dadis Camara, appartient lui à l'ethnie minoritaire guerzé, dite ethnie des "forestiers"].

L'un des jeunes retenu dans le Pagero a profité de la confusion pour s'enfuir. Mais un militaire lui a tiré dessus et il s'est effondré. Le soldat l'a ramené près des véhicules en le traînant.

 

S'en est suivi une discussion entre les militaires pour savoir s'ils devaient le laisser là où l'emmener, sachant qu'il allait sûrement mourir.

Les trois véhicules sont finalement partis. Ils ont laissé deux soldats, ainsi que le jeune qui se vidait de son sang, sur le sol. L'un des militaires resté sur place avait un poignard. Il s'est approché du jeune homme et l'a frappé à trois reprises : près du cœur, dans le ventre et au dos. Une voiture de la garde présidentielle est ensuite passée récupérer les deux soldats.

 

 

Après leur départ, je suis descendu près du jeune homme qui venait d'être poignardé. Il ne bougeait plus. Je suis sûr qu'il était mort. La Croix-Rouge est venue le chercher une heure plus tard environ. [FRANCE 24 a contacté la Croix-Rouge en Guinée et attend qu'elle confirme le décès de la victime].  

 

L'Union africaine déterminée à faire pression sur le chef de la junte

Alors que l'Union européenne et les États-Unis viennent d'émettre des critiques très sévères à l'encontre de la junte au pouvoir à Conakry, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) doit se réunir pour aborder le dossier guinéen, ce jeudi.
Par FRANCE 24 avec dépêches (texte)
 
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) doit se réunir, ce jeudi, en Éthiopie, pour discuter de la situation en Guinée, à la suite du massacre du 28 septembre dans un stade de Conakry, où plus de 150 civils ont été tués et de nombreuses femmes violées par des militaires, selon l'ONU, à l'occasion de la répression d'une manifestation organisée par l'opposition. Cette réunion est prévue alors que la junte au pouvoir a été vivement critiquée par la communauté internationale, mercredi, et qu'un ultimatum lancé par l’UA à son encontre, le 18 septembre, expire samedi. Il enjoint le chef des putschistes, Moussa Dadis Camara, à renoncer à se présenter à la présidentielle guinéenne de janvier, sous peine de sanctions.
 
L'UE évoque un crime contre l'humanité
 
"Le leader du coup d’État doit rendre compte de ses actes devant un tribunal pour crime contre l’humanité", a ainsi attaqué le commissaire européen en charge du Développement et de l'Aide humanitaire, Karel de Gucht, hier. Une accusation que Chérif Idriss, le conseiller du capitaine Camara, juge trop hâtive, comme il l'a confié à FRANCE 24. Celui-ci estime, en effet, qu'"il faut laisser faire l’enquête et établir les faits avant de condamner les gens".
 
Chérif Idriss affirme par ailleurs que la junte a pris "les dispositions nécessaires pour que les enquêtes puissent se dérouler ", estimant qu’une "enquête nationale et internationale pour faire la lumière sur les événements du 28 septembre 2009" est nécessaire.
 
Washington aussi hausse le ton
 
De leur côté, les États-Unis ont réclamé mercredi "une enquête internationale" et ont demandé au chef de la junte de quitter le pouvoir.
 
"Nous faisons pression pour qu’apparaisse une meilleure gouvernance, pour que la corruption soit traitée. C’est aujourd'hui notre objectif principal en Guinée", a déclaré un porte-parole du département d’État.
 
"Indigné", Chérif Idriss a réagi aux déclarations américaines en affirmant qu'elles risquent de faire "basculer l’unité nationale en Guinée" et demande à Washington de "faire appel à la sagesse".
 
La Cour pénale internationale (CPI) a, quant à elle, lancé un "examen préliminaire" de la situation à Conakry afin de déterminer si des crimes relevant de sa compétence ont été commis lors de la répression du 28 septembre.

Jacques Roger

Source: ivoirnews.net

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