Guinée : en attendant la démocratie

Publié le par Jean-Baptiste Placca

Il vaut mieux se taire et observer, si l’on ne veut pas être suspecté d’être de ces cafardeux qui troublent perpétuellement de leur humeur maussade la joie du peuple. La Guinée vote demain, et la campagne a souvent eu l’allure d’une grande fête.

Dieu veuille que cette ambiance de kermesse survive au scrutin de ce dimanche. Déjà, l’on nous parle de transparence, et même de démocratie. Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, il serait plus prudent de conseiller juste une extrême vigilance. Car si le meilleur semble à portée de main, le pire n’est pas loin. Les inimitiés entre les leaders politiques sont toujours aussi vivaces ; absolument rien n’a été fait pour réconcilier ce pays avec lui-même ; et dans ces conditions, il n’est pas exclu que le vainqueur, demain, soit tenté de marginaliser les vaincus, au nom de cette mutuelle antipathie naturelle que tous feignent d’ignorer.
 
L’intérêt de ce scrutin est que si aucune main indigne ne vient manipuler le choix des électeurs, la Guinée sortira de ces élections avec des chiffres qui ramènent chaque leader à la réalité de ce qu’il représente, et qui n’est pas toujours conforme à l’importance que nous autres, médias, accordons parfois indûment à certains.
Entre ceux qui se considèrent comme les opposants de toujours et ceux qui le sont devenus après avoir servi le dictateur Lansana Conté, la rancœur est tenace, et il faut bien plus que des embrassades publiques pour les atténuer.
 
Il faut craindre que ce soit cette Guinée rongée par les divisions et les mesquineries qui sorte des élections, même si celles-ci sont libres et transparentes. Autant dire que les vrais problèmes commencent au lendemain des élections. Et devant l’inévitable hostilité des perdants, la tentation totalitaire risque d’être grande chez le vainqueur. Des élections, même sans bavures, n’engendrent pas ipso facto la démocratie. Pour y parvenir le chemin sera long et nécessitera des hommes d’envergure. Peu de pays africains comptent autant de cerveaux et de cadres que la Guinée. Une conséquence heureuse de l’interminable exil imposé à des centaines de milliers de ses concitoyens par le régime de Sékou Touré.
 
Après plus d’un demi-siècle de despotisme obscur, le temps est venu pour la Guinée d’accéder enfin à un rayonnement à la mesure de son histoire, des espoirs qu’elle a portés pour le continent tout entier et de ses énormes potentialités. Le reste est une affaire de leadership.


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RFI

Publié dans GUINEE

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