Afrique/Université: On ne badine pas avec le pognon des étudiants

Publié le par S.BACHIR

C’est une vérité constante sur le continent : on ne badine pas avec le pognon des étudiants. Ceux-ci l’ont une fois encore démontré aux autorités sénégalaises à travers une grève violente à l’Université Cheick Anta Diop (UCAD) de Dakar qu’ils ont paralysé


La pomme de discorde, le grand retard accusé dans le paiement des bourses et autres allocations d’études.

En bandant leurs muscles, les pensionnaires de l’UCAD ont obtenu satisfaction. En effet, l’argent dont Dakar affirmait ne pas disposer a été subitement disponible. Ainsi, depuis hier, mercredi 5 mai 2010, les étudiants ont, en principe, commencé à palper les billets de banque.

On le voit, les autorités ne crachent au bassinet que quand elles ont le couteau à la gorge. Cette mauvaise tactique fait perdre un précieux temps à nos universitaires.

Comme nous le soutenions au début de ces lignes, la situation de l’UCAD est une photographie de ce qui se passe sur les campus dans nombre de nos pays. Les étudiants vivent sous nos tropiques les mêmes réalités. Impécunieux, ils ont toutes les peines du monde pour se restaurer et se loger.

Ce n’est donc pas par plaisir que le « cambodgeage » (ndlr : le fait pour les étudiants de s’entasser à plusieurs dans une minuscule chambre conçue pour une seule personne) prospère dans les cités estudiantines.

Bien que la nourriture soit assez subventionnée, ce n’est pas évident pour les étudiants d’accéder aux mets des restaurants universitaires. Et pour cause, même s’ils ont les fameux tickets de restauration, les ruptures (ndlr : quand le repas préparé est épuisé, les étudiants qui sont encore dans les rangs patientent le temps qu’on prépare un autre repas) de services sont telles que nos universitaires passent plus de temps dans la file du restaurant que dans les amphithéâtres pour acquérir le savoir.

La raison est que le matériel de cuisine tout comme les capacités d’accueil des locaux des restaurants sont vite dépassés par le nombre sans cesse croissant des étudiants.

Ce même problème d’exiguïté et d’insuffisance des locaux est très criard au niveau des infrastructures d’enseignement. Les capacités des amphis sont rapidement débordées au bout de cinq à dix ans dans le meilleur des cas. En effet, il est courant de voir sur nos campus un amphi de 600 places accueillir 3 000 étudiants.

Résultats des courses : c’est la ruée quotidienne vers les places assises. Pour cela, certains n’hésitent pas à venir occuper des sièges dès 5 heures du matin pour un cours qui débute à 8 heures. Cette situation, les étudiants de première année à l’UFR/SEG (Unité de formation et de recherche en Sciences économiques et de gestion) de l’université de Ouagadougou savent de quoi nous parlons ici.

Dans ces conditions, poursuivre ses études supérieures dans les universités publiques africaines n’est vraiment pas une sinécure. Normal alors que les grèves, boycotts et autres campus morts aient pignon sur rue.

Ainsi, durant l’année académique, les grands élèves passent le plus clair de leur temps à revendiquer et à protester plutôt qu’à s’instruire. La conséquence en est le bouleversement de l’agenda universitaire avec des fois six mois, voire un an de retard sur le calendrier académique.

C’est pour toutes ces raisons que les familles fortunées préfèrent aujourd’hui, à défaut d’envoyer leurs rejetons étudier en Occident, les inscrire dans les grandes écoles privées qui pullulent dans nos capitales et nos grandes villes.

En fait, il faut voir dans ce chaos de nos universités, la main des institutions de Bretton-Woods (Banque mondiale et FMI) qui depuis les années 90, ont poussé nos Etats à miser sur l’enseignement primaire avec le fallacieux argument que l’Afrique n’a pas besoin de grands diplômés mais plutôt de citoyens alphabétisés.

Et des milliards ont été déversés dans la construction des écoles primaires. Donner la chance à chaque enfant de s’instruire est une bonne chose. Seulement, nos dirigeants ont oublié qu’accroître de façon exponentielle le nombre des écoliers à pour conséquence au bout de quelques années l’augmentation très sensible du nombre des collégiens et lycéens et donc de celui des étudiants.

Cette transition mal négociée entre les différentes phases du cursus scolaire et universitaire est la raison des goulot d’étranglement de nos campus africains.

Parfois, nos Etats ont délibérément choisi de sacrifier l’enseignement supérieur car considérant les universités comme des bastions infestés d’opposants indécrottables. C’est vrai que dans nos pays, les étudiants ont souvent donné plus du fil à retordre aux gouvernants que tout l’aréopage de l’opposition politique.

Souvent, c’est par bêtise et par méchanceté que des timoniers nationaux ont refusé de financer le bon fonctionnement de structures « corrompues » par des opposants.

Mais entre nous, en quoi lutter pour des amphithéâtres plus grands et pour l’amélioration de la qualité et de l’accessibilité des repas sur les campus est-il politique ?

C’est d’ailleurs à ce propos que l’artiste ivoirien Neth Soul, dans une de ses chansons, a dit : « si c’est ça leur politique, on est dedans ; depuis CP1 on est dedans... ». Que c’est triste sous nos tristes tropiques.

Publié dans AFRIQUE

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